Just let go...of your culinary habits

Les français expatriés pensent souvent, pendant les premières années, que leur « vocabulaire » culinaire va se réduire comme une peau de chagrin puisqu’ils ont du mal à trouver certains ingrédients auxquels ils sont habitués en Europe. Ils se plaignent de ne plus trouver de fromage blanc, de fond de veau, de tel ou tel gâteau ou charcuterie ou que sais-je encore.
Après plusieurs années passées aux Etats-Unis je trouve au contraire que mon horizon culinaire s’est élargi, mon esprit aussi ; poussée par la nécessité et de plus en plus par la curiosité, j’y ai découvert des choses que j’aurais jamais pensé à essayer avant. Le tahini par exemple, les tortillas, le kale…j’avais déjà une palette d’ingrédients assez large, la cuisine réunionnaise venant élargir ma culture de cuisine française ; mais c’est ici que j’ai essayé pour la première fois les makis, les sushis, les cuisines cubaines, thai et mexicaines. La volonté de varier mes menus m’a menée à fréquenter plus souvent les petites épiceries locales tenues par des immigrés.
Après 20 ans passés à l’étranger je ne cherche plus à me raccrocher à ma nostalgie, ou à faire des km pour trouver un ingrédient français quelque part ; si quelque chose me manque, je le fais moi-même (merguez, pâté, viennoiseries). Je cuisine beaucoup moins français ou même réunionnais qu’avant. Je fais de la fusion cuisine, utilisant les recettes trouvées sur place, ou inventant des plats à partir des ingrédients disponibles. Cela fait plusieurs années que je ne charge plus mes visiteurs de me ramener du fromage, de charcuteries,, des paquets de gâteaux ou bonbons. Mes gouts ont changé. Je demande juste quelques produits de pharmacie, mais pratiquement plus de nourriture à part du chocolat praliné ou du sucre perlé. Cela me fait rire lorsque je vois les photos de colis d’expats fraichement arrivés, et cela me dégoute presque de voir cette débauche de sucre, produits raffinés, qui avec le temps ne me disent plus rien. Aujourd’hui je mange moins sucré, plus diversifié, et plus de produits locaux.
Lorsque je suis arrivée aux USA il y a des années l’offre était en effet restreinte mais aujourd’hui on trouve de presque tout si on veut bien s’adapter, même dans des petites villes ; il suffit d’acheter les produits de saison, les produits proposés par les épiceries « ethniques » et on peut satisfaire ses papilles à moindre cout et sans se stresser pour continuer à faire la cuisine « comme avant ».
Je pense que la cuisine est le dernier bastion de résistance pour ceux qui viennent s’établir à l’étranger ; on parle une autre langue, on adopte d’autres habitudes de travail, mais la cuisine reste quelque chose d’extrêmement intime finalement et la dernière des choses qu’on veut « lâcher » car on pense qu’elle fait partie de nous et qu’elle est un bloc monolithique qui entamera notre personnalité profonde si on y touche. Or je pense le contraire. Notre personnalité est faite de notre culture maternelle certes mais on évolue avec l’âge et en fonction de notre environnement et tout ce qu’on y ajoute nous enrichit, faisant de nous les personnes complexes que nous sommes. Vouloir rester comme dans le passé, et vouloir à tout prix continuer à cuisiner comme par le passé, nous entrave et finalement nous bloque dans notre intégration dans un nouveau pays…. Changer, c’est perdre un peu de soi mais aussi gagner quelque chose de plus enrichissant si on veut bien lacher prise. La cuisine fait partie des facteurs d’intégration quelque part, il suffit de s’approprier en la réinventant, et de ne pas se rigidifier sur nos habitudes anciennes.
Et vous qu’en pensez-vous ?

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